Au Met, une plongée dans l’ADN des vêtements

Après les strass de la soirée de gala, rapportée dans notre édition d’hier, visite guidée de l’exposition « Manus x Machina : Fashion on the Age of Technology ».

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C’est avec un faste inouï que s’est ouverte l’exposition du Costume Institute du Metropolitan Musem of Art (Met) Manus x Machina : Fashion in the Age of Technology (La mode à l’ère de la technologie), qui démarre aujourd’hui sous un intense feu médiatique. Présentée sur deux étages au Robert Lehman Wing du musée, cette fascinante exposition, rendue possible par Apple, est organisée par Andrew Bolton, conservateur du Costume Institute, et Shohei Shigematsu, directeur de l’Office for Metropolitan Architecture New York (OMA New York), dans une mise en scène de Raul Avila. L’exposition restera à l’affiche jusqu’au 14 août.

Manus x Machina revient sur la manière dont les grands couturiers emblématiques du monde de la haute couture, qui font du cousu main (manus), se sont réconciliés avec la révolution du prêt-à-porter fait machine (machina). Dans le processus de création, « l’art et la technologie sont plus que jamais inextricablement connectés », souligne Thomas P. Campbell, directeur et président du Met. « Traditionnellement, la distinction entre la haute couture et le prêt-à-porter était basée sur le fait main et machine. Mais cette distinction est devenue de plus en plus floue. Les deux disciplines ont adopté les pratiques et les techniques de l’autre », note à son tour Andrew Bolton, conservateur chargé du Costume Institute. Manus x Machina défie les conventions de la dichotomie entre le modèle et le multiple, du fait main/machine, et propose un nouveau paradigme approprié à notre ère de la technologie. L’exposition elle-même est structurée autour de l’Encyclopédie des sciences, des arts et des métiers de Diderot. « C’est la première fois que la mode est élevée au même statut que les arts et les sciences. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec notre département de conservation pour créer une sorte de lecture de l’ADN de chaque vêtement, presque comme un dossier médical de ce qui est fait à la main et de ce qui est fait à la machine, » explique Andrew Bolton. « L’objectif est de ralentir le système de la mode. Les gens sont tellement préoccupés par la prochaine chose qu’il y a un manque d’appréciation dans la fabrication de la mode », dit-il.

Démêler l’énigme
Manus x Machina met en exergue plus de 170 exemples de haute couture et prêt-à-porter d’avant-garde, et aborde l’histoire de la fondation de la haute couture du XIXe siècle à nos jours. Elle pose la question de la relation d’opposition ainsi que l’importance de la distinction séculaire entre la haute couture, « une maîtresse qui coûte beaucoup d’argent » selon Yves Saint Laurent, et le prêt-à-porter. Pour ce grand couturier qui a révolutionné le vestiaire féminin, « l’acte de création est le même ».
Les galeries Robert Lehman Wing du Met, situées au niveau du sous-sol du musée, ont été transformées en un bâtiment à l’intérieur d’un bâtiment, et rehaussées de mousseline blanche. L’espace abrite une série d’études de cas dans lesquels les ensembles de haute couture et de prêt-à-porter sont décodés pour révéler leur ADN main/machine. La fabuleuse robe de mariée, haute couture, réalisée par Karl Lagerfeld pour Chanel en 2014, avec une traîne de 20 pieds, occupe la pièce centrale de la galerie, les détails de sa broderie se reflétant sur le plafond en forme de dôme. Composée en maille de plongée, la robe, qui est la pièce maîtresse de l’exposition, représente cette confluence : les motifs de la traîne en or métallique pigmenté sont peints à la main ;
les incrustations de strass sont réalisées à la machine ; les perles et pierres précieuses sont brodées à la main.

Métiers traditionnels
Au niveau du premier étage, de magnifiques pièces de haute couture côtoient les robes de prêt-à-porter fabriquées à la machine. Ces galeries sont organisées en enfilade et en alcôves avec une suite de pièces qui reflètent la structure des métiers traditionnels de la haute couture avec leurs ateliers de petites mains pour la broderie, les plumes, le plissage, le tricot, la dentelle, le cuir, le tressage, le travail de frange. Tout ce qui intègre des procédés innovants tels que l’impression 3D, la modélisation informatique, le collage et le laminage, la découpe au laser et le soudage par ultrasons. Une salle dédiée aux ateliers de couture et à la confection reflète la division traditionnelle des maisons de couture. Les galeries Anna Wintour Costume Centre présentent une série d’ateliers « en cours », y compris un atelier d’impression 3D où les visiteurs pourront assister, au cours de l’exposition, à la création de vêtements 3D-imprimés.

Créateurs emblématiques
Manus x Machina explore également des pièces de grands créateurs emblématiques internationaux, parmi lesquels Azzedine Alaïa, Christopher Bailey (Burberry), Cristobal Balenciaga, Boué Sœurs, Sarah Burton (Alexander McQueen), Pierre Cardin, Gabrielle Chanel, Christian Dior, Alber Elbaz (Lanvin), John Galliano (Christian Dior, Maison Margiela), Nicolas Ghesquière (Balenciaga, Louis Vuitton), Hubert de Givenchy, Madame Grès, Marc Jacobs (Louis Vuitton), Rei Kawakubo (Comme des Garçons), Karl Lagerfeld (Chanel), Helmut Lang, Issey Miyake, Miuccia Prada, Paco Rabanne, Yves Saint Laurent (Christian Dior, Yves Saint Laurent), Raf Simons (Jil Sander, Christian Dior), Riccardo Tisci (Givenchy) ou encore Alexander Wang. Il est hélas frappant de constater que les grands couturiers libanais ne sont pas représentés…