Bassil à « L’OLJ » : Je suis sûr d’une chose, notre volonté de résister

ENTRETIEN

Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a mis à profit son séjour d’une semaine à New York pour participer à la Conférence de la Lebanese Diaspora Energy (LDE), qui s’est déroulée les 16 et 17 septembre, en présence de plus de 250 professionnels de haut niveau de la diaspora libanaise d’Amérique du Nord et du Canada. Il a aussi mené tambour battant la politique étrangère libanaise lors de nombreuses rencontres diplomatiques avec ses homologues internationaux, en marge de la 71e session de l’Assemblée générale de l’Onu.

Qu’a-t-il retenu de ces discussions diplomatiques ? « Une compréhension de notre position, mais cela ne suffit pas. Nous demandons de l’action et nous ne la voyons pas » , confie-t-il dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour, au Palais de Verre.

« C’est le pays qui paye le plus lourd tribut, qui contribue le plus et qui souffre le plus au niveau de la présence des déplacés syriens sur son sol », martèle-t-il. Le ministre poursuit sur sa lancée, pointant du doigt les « très sérieux dangers existentiels du pays. Nous essayons d’expliquer à tous nos interlocuteurs comment traiter avec ce genre de dangers », poursuit-il.

« L’esprit dangereux de Daech »
Le ministre des Affaires étrangères relève par ailleurs qu’au niveau du terrorisme, il y a « beaucoup à dire ». « Il faut avant tout éradiquer la pensée de Daech, qui est la plus dangereuse », estime-t-il. Et de poursuivre: « Il ne s’agit pas de traiter seulement avec Daech au niveau de batailles gagnées à Ramadi, à Raqqa ou à Mossoul. C’est une question beaucoup plus large qui s’étend partout dans le monde », dit-il. « Comment combattre Daech depuis New York ? » s’inquiète-t-il. « C’est la source de cette idéologie qui nous concerne et c’est là où les pays doivent porter la responsabilité de leur silence sur les partis qui le financent, l’alimentent et l’appuient aux niveaux militaire et politique », relève-t-il.

Faut-il donc s’inquiéter de la présence de Daech au Liban ? Cette organisation « est au Liban et partout ailleurs, même ici à New York », affirme le ministre avec conviction. « Daech, c’est juste un acronyme. Ce n’est pas cela qui est important. On peut créer Daech, el-Qaëda, al-Nosra, Ahrar el-Cham ou d’autres. Je suis certain qu’il y a plus d’une centaine d’organisations terroristes au sein même de la Syrie, par exemple. Ce n’est pas le nom, mais l’esprit de Daech qui est dangereux », répète-t-il avec inquiétude.

De l’action
L’idée de la relocalisation ou l’implantation des réfugiés dans les pays d’accueil est actuellement envisagée. Qu’en est-il du Liban ? « L’idée qui circule aujourd’hui, celle de garder les déplacés syriens là où ils sont, ne peut aboutir, assure M. Bassil, parce qu’elle aura des effets négatifs sur la composition et la diversité, et aussi des risques politiques sur la région à l’avenir », juge-t-il. Peut-on garder les réfugiés là où ils sont ? « Au niveau économique, ce n’est pas efficace parce que c’est coûteux et ce n’est pas durable ; au niveau humain, ce n’est pas bien. Parce que nous cherchons leur bien. Nous avons bien entendu ici, à l’Onu, qu’il faut les garder plutôt dans leur pays d’origine », poursuit-il. Lors de ces diverses rencontres diplomatiques, « nous avons entendu une nette compréhension de notre position. Mais cela ne suffit pas. Nous demandons de l’action. Mais nous n’en voyons pas », note-t-il.

La présidentielle
Interrogé sur la vacance présidentielle et sur les pourparlers diplomatiques dans les coulisses onusiennes, notamment avec la décision du président français, François Hollande, d’aider à débloquer le statu quo à ce sujet en appelant l’Iran et l’Arabie saoudite à agir dans ce sens, Gebran Bassil réagit vivement : « Le problème, c’est de parler de nomination d’un président. Il s’agit pourtant bien d’une élection », dit-il. « La nomination d’un président est dans l’esprit de pas mal de gens, même des Libanais », affirme-t-il énergiquement.

« Nous, nous cherchons une élection qui puisse refléter la majorité des Libanais et des chrétiens parce que là il s’agit d’un poste chrétien », martèle-t-il. Et de poursuivre : « L’on se contente de dire que c’est le seul poste chrétien dans la région et qu’il doit donc être représentatif. Nous avons fait de grands efforts, depuis trois ans, pour convaincre d’élire un président », souligne-t-il. « Les nations doivent protéger un accord libano-libanais qui viendrait d’une conviction libanaise, de la nécessité de choisir, d’élire un président représentatif de sa communauté et de son peuple », affirme-t-il. Une lueur d’espoir ? « Je suis sûr d’une seule chose, c’est notre volonté de résister. Nous avons réussi à le faire jusqu’à maintenant. Eh oui, je suis sûr qu’avec la manière dont les choses vont, nous finirons par traduire cette volonté » souligne-t-il.

Une « première bien réussie »
Le chef de la diplomatie a par ailleurs organisé et présidé la première conférence de la Lebanese Diaspora Energy (LDE) d’Amérique du Nord et du Canada, qui s’est déroulée à New York les 16 et 17 septembre, à la veille de l’ouverture de la session de l’Assemblée générale de l’Onu. Il n’a pas manqué d’exprimer son admiration devant la brillante réussite de ces Libanais de la diaspora qui se sont taillé une belle réputation à tous les niveaux.

« Cette conférence est une première qui confirme encore plus ce que nous avons réalisé au Liban pour tous les émigrés », estime-t-il. « Elle fortifie davantage les conférences régionales avec la présence encore plus active des Libanais dans les pays où ils se trouvent », poursuit-il. « Je pense que nous avons beaucoup à faire encore dans cette direction », dit-il. Cette première conférence « bien réussie » sera suivie d’autres l’année prochaine. « Nous établirons une rencontre régulière qui sera traduite en projets tangibles. Ce genre de conférence se reproduira aussi dans d’autres continents afin de chercher à rassembler les ressources libanaises », espère-t-il.

L’idée de la création d’un lobby libanais a-t-elle fait son chemin ? « La conférence aboutira en fin de compte à un lobby libanais » , répond le ministre. « Ce concept est américain, il a plus de sens aux États-Unis. C’est en tout cas un début. Il faudra faire beaucoup plus qu’une réunion ou une conférence. Cela dépendra bien sûr de son suivi. Nous avons formé un comité de suivi qui va y travailler », indique M. Bassil.
« Il y a une responsabilité au niveau consulaire et diplomatique pour assurer sa bonne marche. C’est notre rôle. Elle restera active et indépendante. Nous offrirons un cadre pour de meilleurs résultats au niveau de la cohérence globale de l’action des émigrés », conclut-il.