Démissionnaire, Roed-Larsen souligne « les risques de la perpétuation du vide »

DIPLOMATIE
L’envoyé spécial de l’Onu sera provisoirement remplacé par Jeffrey Feltman.

Le Conseil de sécurité de l’Onu s’est réuni hier en consultations en présence de Terjé Roed-Larsen, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour l’application de la résolution 1559 (2004), pour débattre du vingt-troisième rapport semestriel de Ban Ki-moon. À la fin de son exposé, M. Roed-Larsen a informé le Conseil « qu’après avoir servi les 12 dernières années comme envoyé spécial, je souhaite quitter mon poste pour me consacrer à la présidence de l’Institut international pour la paix (IPI) », un think tank politique qui travaille en partenariat avec l’Onu.
Dans un point de presse, le porte-parole de l’Onu, Stéphane Dujarric, a indiqué que « Jeffrey Feltman, secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’Onu », prendra la responsabilité des rapports sur la résolution 1559 jusqu’à la fin de cette année.
Dans son exposé final devant le Conseil sur l’application de la résolution 1559, M. Roed-Larsen a abordé trois thèmes principaux : « le vide présidentiel et la situation politique générale, y compris les élections municipales du 8 mai ; les tensions entre le Liban et certains États de la région et leur impact possible sur le Liban ; la situation sécuritaire, y compris la situation dans les camps de réfugiés palestiniens ».

Vide présidentiel « préoccupant »
Concernant la présidentielle, M. Roed-Larsen a rappelé qu’au cours de sa visite au Liban, les 24 et 25 mars, M. Ban avait mis en exergue la nécessité pour les partis politiques d’élire un président pour assurer l’unité nationale. « Les responsables politiques libanais doivent être conscients des risques encourus du fait de la perpétuation du vide. L’effet négatif du boycott continu des sessions parlementaires est également bien connu », a noté M. Roed-Larsen, tout en saluant « les efforts remarquables » récemment déployés par le président de la Chambre Nabih Berry pour la tenue d’une session législative du Parlement.
En outre, M. Roed-Larsen a salué le leadership du Premier ministre Tammam Salam dans le maintien de l’unité du cabinet ainsi que le soutien efficace de M. Berry pour maintenir un dialogue « louable » entre le Hezbollah et le courant du Futur. Il a relevé que « le dialogue pourrait être utilisé comme un forum pour les acteurs politiques afin de générer un consensus sur les candidats à la présidentielle et d’ouvrir la voie pour combler le vide ».
Abordant la question des élections municipales qui se sont déroulées « de manière pacifique » à Beyrouth, le 8 mai, le responsable onusien relève qu’il s’agit d’un « signal important » qui montre que les citoyens peuvent encore exercer leurs droits démocratiques.
Concernant le contexte régional, Terjé Roed-Larsen rappelle que le secrétaire général « réitère l’importance de la politique de distanciation et de la déclaration de Baabda de 2012, et demande à toutes les parties prenantes libanaises de respecter et renouveler leur engagement à sa mise en œuvre ».

Le Hezbollah
M. Roed-Larsen rappelle que les tensions entre le Liban et les principaux acteurs régionaux se sont poursuivies depuis la décision de considérer le Hezbollah comme « une organisation terroriste » prise par la Ligue arabe et les pays du Conseil de coopération du Golfe. Le 15 avril, l’Organisation de la conférence islamique a condamné à son tour le Hezbollah pour « ses activités terroristes » en Syrie, à Bahreïn, au Koweït et au Yémen.
Le Liban, a-t-il rappelé en substance, a formulé des réserves à cet égard, en rappelant toutefois, dans les termes les plus clairs, les principes de la politique de distanciation. Aussi, sur le plan interne, est-il essentiel que le dialogue entre le Hezbollah et le courant du Futur se poursuive afin que les tensions sectaires le long des lignes régionales soient évitées. « Cependant, ce forum ne peut pas être un substitut à la reprise du dialogue national », note le diplomate.

L’EI et al-Nosra
Un appui soutenu à l’armée, une « institution multiconfessionnelle », est nécessaire pour continuer à protéger la souveraineté, l’intégrité territoriale et la stabilité du Liban, poursuit Roed-Larsen.
« Il est préoccupant de constater que, selon certains États membres et acteurs sur le terrain, les capacités logistiques au Liban de l’État islamique et du Front al-Nosra pourraient s’accroître, principalement dans les camps palestiniens, comme le démontre l’incident survenu le 12 avril provoquant la mort d’un agent du Fateh dans le camp de Miyé Miyé. Cet incident et les rapports sur l’accroissement des capacités des éléments armés extrémistes dans les camps de réfugiés palestiniens démontrent l’importance de la mise en œuvre des dispositions en suspens de la résolution 1559 (2004). Cela est particulièrement pertinent pour le désarmement complet et le démantèlement de toutes les milices. »
Terjé Roed-Larsen met enfin en exergue l’impact négatif du débordement du conflit syrien au Liban, avec des violations répétées de sa souveraineté et de son intégrité territoriale à la frontière orientale, parallèlement aux violations de l’espace aérien libanais par Israël.
Le nombre de réfugiés syriens au Liban est resté stable au cours de la période, et il est estimé à plus d’un million, a encore dit le diplomate onusien, qui précise qu’il y a 41 000 réfugiés palestiniens de Syrie. Selon M. Roed-Larsen, la conférence de Londres a démontré l’appui soutenu des gouvernements étrangers au Liban car elle répond aux besoins des réfugiés. « La déclaration d’intention de soutien au Liban est une des priorités-clés. Les pays donateurs ont déjà été généreux dans leur soutien. La visite fructueuse au Liban du secrétaire général et des présidents de la Banque mondiale et de la Banque islamique était un signal important de l’engagement des institutions internationales à la stabilité du pays », a conclu le diplomate.