Le coût du dysfonctionnement des institutions s’élève à plusieurs milliards de dollars

Clôturant sa visite de deux jours au Liban qu’il a effectuée en compagnie des présidents de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, et de la Banque islamique de développement, Ahmad Mohammad Ali al-Madani, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a souligné à nouveau, lors d’une conférence de presse conjointe tenue hier au Phoenicia, « le solide engagement commun pour la stabilité, la sécurité et la paix au Liban ».
Le président Kim et le secrétaire général ont pu « constater d’eux-mêmes » le travail accompli pour aider les communautés libanaises et les réfugiés palestiniens et syriens qu’elles hébergent.
« L’Onu ainsi que d’autres acteurs internationaux sont là pour aider le Liban à assurer sa stabilité par le biais de l’aide humanitaire, a affirmé Ban. La communauté internationale soutiendra les réfugiés syriens hébergés temporairement au Liban, jusqu’au moment où ils sentiront qu’ils peuvent retourner en toute sécurité en Syrie. »

Quatre messages
Le chef de l’Onu est porteur de quatre messages à l’adresse du peuple et des dirigeants libanais. « Le premier vise à réaffirmer notre ferme soutien au Liban car il continue de résister à l’impact de la guerre en Syrie. Le monde a une grande dette envers le peuple libanais et les autorités libanaises pour leur générosité qui les a poussés à accueillir plus d’un million de réfugiés en provenance de Syrie, en sus des centaines de milliers de réfugiés palestiniens », a relevé M. Ban.

Et d’ajouter : « Le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant dans le monde. La communauté internationale reconnaît cette contribution et doit soutenir le Liban dans ses efforts. Un soutien solide et continu à l’Unrwa reste vital pour le bien-être et la protection des réfugiés palestiniens. Les réfugiés palestiniens au Liban méritent notre soutien. »
Ban n’a pas manqué de « saluer » les engagements pris à la conférence de Londres (sur les réfugiés syriens), demandant aux pays donateurs de verser leurs contributions dès que possible. « Le Liban a besoin de nous pour combler le fossé entre l’aide humanitaire à court terme et les mesures à plus long terme, y compris les programmes d’éducation et d’emploi », a-t-il souligné. Le partenariat entre le Liban, l’Onu, la Banque mondiale et la Banque islamique de développement a permis de concevoir un montage financier innovant pour le Liban. Grâce à ce montage, le gouvernement sera en mesure d’investir dans des domaines prioritaires qui aideront les gens dans le besoin et qui permettront de stabiliser le pays.

Élire un président

Le deuxième message de Ban est que « le Liban est et doit rester un exemple vital de coexistence et de pluralisme dans la région », en proie à une dangereuse dynamique de la violence. M. Ban a félicité au passage les Libanais pour leur résilience et pour le leadership du Premier ministre Tammam Salam, les invitant à œuvrer avec le gouvernement pour qu’il puisse répondre à leurs besoins. « Les Libanais ont besoin des partis politiques pour élire un président. Tant que la vacance de la présidence persiste, l’unité nationale et le statut du Liban resteront fragiles et incomplets », a-t-il insisté.

Soutien à l’armée et aux FSI
Le troisième message du chef de l’Onu vise à « réaffirmer le ferme soutien des Nations unies à l’armée libanaise et aux FSI ». « La mort d’un soldat libanais courageux dans un attentat à la bombe près de la frontière syrienne hier (jeudi) souligne l’importance de ces forces, non seulement pour la sécurité du Liban, mais aussi pour la stabilité régionale », a affirmé Ban qui s’est déclaré « très encouragé » par la collaboration étroite entre la Finul et l’armée. Il a fait ainsi écho au Conseil de sécurité en appelant les amis du Liban à continuer de renforcer les capacités des forces armées libanaises.
« Dix ans après la résolution 1701 du Conseil de sécurité, le sud du Liban a connu la plus longue période de calme relatif depuis 2006, au grand crédit de la Finul et de l’armée, a déclaré le chef de l’Onu. Mais il y a encore un risque d’erreur de calcul. L’Onu attend que le Liban continue de contribuer au progrès et qu’il réponde à toutes ses obligations. »
« La capacité du Liban à prospérer dépend également de la capacité de régler les conflits régionaux de longue date, estime le chef de l’Onu. Les Nations unies ne ménageront aucun effort pour tenter de mettre fin au conflit en Syrie et parvenir à une paix juste, durable et globale au Moyen-Orient. C’est une période critique pour la région. Il est temps d’arrêter la violence et l’injustice, de donner aux gens les possibilités qu’ils méritent de construire une vie meilleure. Voilà pourquoi l’Onu restera forte et inébranlable dans son partenariat avec le Liban. »

Jim Yong Kim

Prenant à son tour la parole, le président de la Banque mondiale a indiqué que des centaines de millions de dollars d’assistance en argent liquide ont été retenus pendant plus de deux ans à cause de l’impasse politique, implorant les politiciens libanais d’élire un président.
« La Banque mondiale a signé des accords d’une valeur de 900 millions de dollars avec le Liban et nous avons annoncé jeudi de nouvelles initiatives de 100 millions de dollars visant à soutenir le gouvernement pour améliorer la qualité de son enseignement et réaliser la scolarisation des enfants libanais et syriens pour l’année scolaire 2016-2017, a déclaré M. Kim. La plupart de cette somme a été retardée parce que le Liban est sans président depuis mai 2014, ce qui l’empêche de légiférer. »
Le président Kim a laissé entendre que la BM a de vastes plans pour soutenir le Liban dans des projets de développement, notamment en aidant à reconstruire une zone économique spéciale à Tripoli, près de la frontière syrienne, qui pourrait être un fournisseur majeur à la Syrie après la fin des combats.
Et M. Kim de poursuivre : « Cela est vraiment un message très fort que je voudrais adresser au peuple libanais, en ce sens qu’il y a des coûts réels au dysfonctionnement des institutions gouvernementales. Et nous ne parlons pas de quelques dizaines de millions de dollars, nous parlons de milliards de dollars. Nous exhortons tout le monde au Liban à œuvrer pour que le gouvernement commence à fonctionner à nouveau. »

Ce qui a changé

Répondant à une question de L’Orient-Le Jour concernant ce qui a changé au Liban depuis sa dernière visite, le secrétaire général a indiqué « qu’il est venu en 2007, juste au moment du processus de reconstruction du Liban après la guerre de 2006 ». Ensuite, sa dernière visite a eu lieu en 2012, après le début de la crise syrienne. « À l’époque, il y avait environ 5 000 réfugiés syriens. C’était gérable. Depuis, le nombre a augmenté et une personne sur cinq est un réfugié syrien, a poursuivi Ban. Si l’on inclut les réfugiés palestiniens, les statistiques indiquent qu’un habitant sur trois est soit un Palestinien soit un Syrien. »
« Deuxièmement, je pensais qu’il y aurait eu une certaine cohésion entre les dirigeants libanais, a-t-il ajouté (…). Il peut y avoir quelques différences politiques, mais elles ne devraient pas être contre l’intérêt national, le prestige du Liban, sa visibilité et son rôle dans la communauté internationale. Comme l’a dit de façon très éloquente le président Jim, cette question aura une incidence sur les nombreux aspects de la négociation libanaise avec la communauté internationale, », a-t-il relevé.
Et de conclure : « Les Nations unies et la communauté internationale ont travaillé très étroitement avec le peuple et le gouvernement libanais tandis que le gouvernement libanais et les gens subissent des situations très difficiles. Avec un fort engagement et leadership, ainsi qu’un fort soutien des Nations unies, je suis sûr que le Liban a un grand potentiel. »