Philippe Jabre à « L’Orient-Le Jour » : « On doit tous quelque chose à Jamhour »

L’association Jamhour Alumni US a organisé récemment à New York sa soirée traditionnelle dont l’invité d’honneur cette année était Philippe Raymond Jabre, considéré comme le « roi des hedge funds ».
La réussite professionnelle de Philippe Jabre, fondateur du fonds Jabre Capital Partners, un « hedge fund » basé à Genève, fait l’admiration de toute une nouvelle génération qui rêve de suivre ses traces. Quels conseils peut-il donner sur ce plan ? « Quand je parle aux jeunes, je leur dis que j’ai fait la même chose qu’eux. J’ai commencé chez les jésuites, j’ai fait un an à l’AUB, puis nous avons quitté le Liban en 1976 lorsque la guerre a éclaté. Nous avons tous les mêmes armes au départ. J’avais identifié très jeune déjà, à 20 ans, ce que je voulais faire. Après mon BA en économie à l’Université Concordia, à Montréal, puis un MBA à Columbia University, à 20 ans, je me suis lancé dans la finance à 22 ans, alors que personne ne savait ce que c’était. Aujourd’hui, ça fait 35 ans que je suis dans le domaine ! », confie-t-il à L’Orient-Le Jour, dans une interview accordée à New York. Très actif, Philippe Jabre est membre de nombreux comités d’écoles, d’universités et d’institutions. Il fait partie de la mutuelle de Jamhour, du « board » de l’AUB et du « board » de Columbia University.

 

Fonds primés
Coup de chance, Philippe Jabre s’est rendu « en Europe dans les marchés financiers au moment où personne ne le faisait ». Il a profité d’une explosion extraordinaire des valeurs financières grâce à laquelle il s’est « fait un nom », dit-il. « J’étais à New York jusqu’en 1983 où j’ai fait un stage à JP Morgan dans la gestion de portefeuilles. De 1983 à 1986, j’étais à Paris, puis à Londres de 1986 à 2005, au moment du boom européen et britannique avec Margaret Thatcher. À cette époque, le taux d’intérêt sur la livre sterling était à 15 pour cent, aujourd’hui le taux d’intérêt est à zéro et demi pour cent », confie-t-il, avant d’ajouter que les fonds de Philippe Jabre ont été primés et beaucoup de fonds de gestion ont été premiers par rapport à la concurrence.

 

Columbia « excellent passeport »
De son parcours universitaire à Columbia University, M. Jabre dit qu’il a été un « excellent passeport » et un sceau de crédibilité. « Mes études m’ont sûrement aidé. Les professeurs que j’ai eus à Columbia viennent de la vie réelle et donnent accès à leur vision du marché. Il y avait alors moins de connexions et d’interactions qu’aujourd’hui. Columbia est en définitive une plate-forme qui m’a permis d’aller plus vite là où je voulais aller », souligne-t-il. Bon élève ? Philippe Jabre ne semble pas avoir été parmi les meilleurs élèves de sa classe. « Je ne prenais que ce qui m’intéressait. J’adorais les cours de gestion ou de finance internationale, et moins le marketing et les statistiques », avoue-t-il. « Les bons élèves prennent tout et font très bien dans tout. Mais j’ai quand même obtenu mon BA d’économie à l’Université Concordia avec la meilleure note parce que les cours m’ont passionné. Je suis plus sélectif dans mon choix. »

 

Philanthropie
Philanthrope, Philippe Jabre a la générosité légendaire. « La philanthropie éducative a démarré assez tôt en 2000. À Londres, j’avais accès à de jeunes Libanais que j’aidais à financer leurs études à travers les curés ou des particuliers à Beyrouth. Il y avait aussi des personnes que je connaissais qui me demandaient si je pouvais aider leurs amis. J’ai trouvé qu’il n’était pas normal que l’accès ne soit réservé qu’aux personnes de ma connaissance. J’ai donc créé, en 2003, une organisation totalement neutre, l’Association Philippe Jabre, qui porte mon nom, ouverte à tous. Cette association a trois caractères : elle accorde de nombreuses bourses universitaires, quelques bourses scolaires et aide les institutions médico-sociales au Liban. Elle a donc un très grand volet », précise-t-il. Philippe Jabre est en train de mettre sur pied une brochure qui détaille les aides accordées depuis la création de son association. « Nous avons financé en quinze ans 1 500 boursiers universitaires dont la moitié sont à l’étranger. Cette année, nous aidons 320 étudiants qui se lancent dans toutes sortes de spécialisations, y compris l’astronomie. »

 

Mécénat
Grand mécène, Philippe Jabre est aussi un collectionneur d’art. Ouvert à tous les courants, il aide de nombreuses organisations dédiées à l’art. Car « l’art est une forme de culture ; il est aussi important que l’éducation », juge-t-il. Son mécénat se diversifie. Il contribue en donnant à Achkal Alwan une plate-forme et des bureaux. Il fait partie du comité exécutif du Beirut Art Center. « Il y a un an, l’AUB a annoncé l’aide que l’université a reçue pour établir une chaire de Master en Fine Art avec un “curator program” parce qu’on a réalisé que le Liban finalement est une plate-forme pour le Moyen-Orient dans l’art. »
Beyrouth a-t-elle été détrônée par Dubaï ?
« Les gens vont et viennent à Dubaï, c’est plutôt un lieu de commerce, juge-t-il. Le Liban est un lieu de création. L’art fait partie de notre culture et de notre éducation. Il y a quinze ans, l’Égypte et la Syrie étaient des lieux de création. Malheureusement, ils ont souffert de leur bouleversement politique ou de leur crise. L’art a sa place au Liban ;
on y travaille depuis quinze ans. C’est notre culture. Il faut la renforcer sous tous ses aspects. »

 

Collection privée
Pour le lancement du nouveau musée Sursock, Philippe Jabre a prêté une soixantaine d’œuvres et huit photos de sa collection privée. Sa collection sera-t-elle abritée, comme d’aucuns disent, dans un nouveau musée ?
« J’ai un très beau local, un immeuble près du Beirut Art Center, qu’on appelle le nouveau Soho. Il est possible qu’une partie de cet édifice soit, plus tard, un lieu d’exposition personnel. Le moment n’est pas encore venu. Une partie des tableaux exposés au musée Sursock représente Beyrouth. Mais il y a aussi d’autres tableaux du Liban achetés à différents artistes. J’ai eu la chance de constituer une collection au moment où il n’y avait pas beaucoup de compétition. On n’était pas nombreux sur le coup. Gaby Daher était ma clé pour identifier, m’aider et me conseiller. »

 

Hommage à JAUS
Quelles impressions de l’organisation du Jamhour Alumni US ? « Jamhour Alumni US est une excellente chose, parce que c’est une organisation indépendante. Les universités, telles que l’AUB, la LAU, l’USJ, ont leurs propres associations, mais pas les écoles. C’est important, car on doit tous quelque chose à Jamhour et sur plusieurs générations. En fait, les universités américaines nous ont appris comment il faut maintenir le contact pour se faire toujours aider, rester en vie et s’améliorer. Nous appliquons donc les méthodes américaines aux organisations libanaises. Grâce à cette constante interaction entre les anciens et la direction du collège, le collège de Jamhour est devenu une des plus importantes écoles de la région. »