Raï : Les réfugiés, « un lourd fardeau qui menace l’identité et l’avenir du Liban »

TOURNÉE PASTORALE

Le patriarche maronite, Béchara Raï, a clôturé sa tournée pastorale dans de nombreuses paroisses aux États-Unis et deux éparchies de Brooklyn et Los Angeles. La visite américaine de Mgr Raï a pour objectif « de solliciter les efforts continus de la communauté libanaise à l’égard du Liban », comme l’a indiqué le patriarche lui-même dans une allocution prononcée à l’occasion de la réception organisée mardi en son honneur, à New York, par le consul général du Liban, Majdi Ramadan.

« Ce petit pays, encore paralysé politiquement avec la triste incapacité d’élire un président et la réticence des partis politiques à mettre le pays avant les intérêts personnels, tente de répondre aux besoins des pauvres et de près deux millions de réfugiés qui y vivent… Ce lourd fardeau menace l’identité et l’avenir du Liban », a souligné avec inquiétude le cardinal Raï.

L’événement s’est déroulé en présence d’une audience massive, et notamment du représentant permanent du Liban auprès de l’Onu, Nawaf Salam, du numéro deux de la mission du Liban à l’Onu, Caroline Ziadé, de l’évêque de Brooklyn, Mgr Gregory Mansour, ainsi que d’un certain nombre de leaders religieux, de la société civile, d’« amis du Liban » et de membres de la diaspora libanaise.
À cette occasion, Mgr Raï a remis à Majdi Ramadan la médaille du patriarcat maronite d’Antioche et d’Orient pour les nombreux services qu’il a rendus à la diaspora libanaise du nord-est des États-Unis.

« Identité commune »
« Nous partageons tous un grand amour commun pour le Liban. Nous sommes très fiers de notre pays, votre pays d’origine », a déclaré Mgr Raï devant un auditoire très attentif. « Avec la diversité de leurs cultures et traditions, chrétiens et musulmans ont décidé, il y a longtemps, de bâtir ensemble une identité commune. Ils ont accepté de vivre ensemble sur une base égale, séparant la religion de l’État, dans un pays où la loi divine et toutes les religions sont respectées sur une base égale », a-t-il rappelé. « Nous avons échangé une garantie de partage du pouvoir au sein du gouvernement et de l’administration sur une base égale, conformément au pacte national et à la formule libanaise de 1943, ce qui est clairement déterminé par la Constitution. Cela fait du Liban une démocratie parlementaire, une démocratie consensuelle, qui respecte la Déclaration universelle des droits de l’homme et garantit la liberté à tous les citoyens », a-t-il ajouté.

Mgr Raï a également souligné que « le Liban se distingue par son ouverture à la fois à l’Est et à l’Ouest, et adopte le principe de l’unité dans la diversité, d’où les propos célèbres du pape Jean-Paul II : “Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message et un modèle pour l’Est et l’Ouest.” Cela décrit bien toute l’histoire d’une nation vraiment digne de respect et d’admiration, même si nous passons à l’heure actuelle par des circonstances politiques, économiques et sociales difficiles et délicates, dues aux événements qui se déroulent dans les pays voisins », a-t-il poursuivi.
Le patriarche maronite a rappelé que « le Liban a accueilli des centaines de milliers de réfugiés de Syrie et d’Irak qui ont fui leurs pays à cause de la guerre et l’instabilité politique. Ils estiment qu’ils peuvent compter sur le pays du Cèdre pour l’aide en cas de besoin, et bien que ce soit un grand compliment pour le Liban, il n’en reste pas moins qu’ils représentent un lourd fardeau qui menace l’identité et l’avenir du Liban », a-t-il noté.

« Rôle indispensable »
Mgr Raï a ensuite lancé un appel aux États-Unis, qui « peuvent être politiquement utiles pour résoudre la crise dans toute la région ». « Vous, citoyens des États-Unis et du Liban, vous pouvez aider en engageant vos représentants politiques à considérer favorablement le Liban, en poursuivant votre action charitable et humanitaire qui améliore la vie des pauvres et aussi celle des réfugiés », a-t-il affirmé, tout en sollicitant la « collaboration » de la diaspora libanaise afin « de favoriser le développement au Liban grâce à des investissements dans divers projets, qui favorisent la croissance économique et offrent de nouvelles possibilités d’emploi aux Libanais. Vous contribuez de cette façon à arrêter l’hémorragie de l’émigration qui draine notre pays de son potentiel humain », a-t-il estimé. « N’oublions pas que le Liban a un rôle indispensable à jouer dans la paix et la stabilité de la région, et dans le renforcement de l’esprit de convivialité entre ses différentes cultures et religions », a-t-il assuré.

Mgr Raï a « demandé » instamment à la diaspora libanaise de « sauvegarder la nationalité libanaise et d’enregistrer les mariages et les enfants au Liban ». Il n’a pas manqué dans ce cadre de « saluer l’action » de la mission diplomatique, « remerciant » particulièrement le consul général du Liban

Ramadan : « Embrasser la diversité »
Dans sa brève allocution, Majdi Ramadan a d’abord « exprimé ses sincères condoléances » aux familles des victimes innocentes tombées ainsi que ses vœux de rétablissement complet aux blessés lors des « attaques terroristes contre la ville paisible de Qaa. Notre message aux Libanais est celui de la paix et de la tolérance, et notre rôle, que ce soit au Moyen-Orient ou dans le monde, est de rejeter la violence et l’extrémisme et d’embrasser la diversité », a notamment indiqué le consul, rappelant le rôle de « l’Église maronite dans la création de l’État libanais et la préservation de l’identité libanaise, non seulement au Liban, mais aussi dans la diaspora ».