Sigrid Kaag à « L’OLJ » : Ban a souligné à Beyrouth que le Liban doit rester un exemple de pluralisme

La coordonnatrice de l’Onu pour le Liban, Sigrid Kaag, dresse un bilan positif de la visite au Liban du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qu’elle qualifie de « très importante, historique et réussie ». Mme Kaag réaffirme « le soutien continu de la communauté internationale au Liban », souligné par les quatre messages principaux portés par Ban au peuple et au gouvernement libanais, et aux partenaires, dont notamment la nécessité pour le Parlement de se réunir et d’élire un président. Mme Kaag balaye d’un revers de la main l’inquiétude de l’implantation des réfugiés syriens « hébergés temporairement au Liban, jusqu’au moment où ils sentiront qu’ils peuvent retourner en toute sécurité en Syrie ». Quant aux réfugiés palestiniens, « leur droit au retour est bien couvert par les résolutions appropriées ».

Pour Mme Kaag, la récente visite de Ban à Beyrouth a revêtu un caractère crucial car le secrétaire général de l’Onu était accompagné – ce qui a constitué une première – du président de la Banque mondiale et du président de la Banque islamique pour le développement. Dans une interview à L’Orient-Le Jour, axée sur le bilan de cette visite, Mme Kaag souligne que les trois responsables ont pu « évaluer la question de la paix et de la sécurité » non seulement lors de leur inspection des contingents de la Finul, mais aussi dans leurs discussions avec le ministre de la Défense et le commandant en chef de l’armée, l’objectif étant de mettre l’accent sur le soutien à l’armée et aux FSI. M. Ban a rencontré des réfugiés syriens et palestiniens, et a effectué une visite à Tripoli. « Je ne pense pas qu’un autre secrétaire général de l’Onu soit allé à Tripoli auparavant », relève Mme Kaag.

Le sommet humanitaire mondial d’Istanbul

Cette mission a été, en outre, « un signe fort de soutien, d’appréciation et de gratitude au peuple libanais ainsi qu’au gouvernement et à tous les partenaires pour l’accueil généreux » (des réfugiés syriens). « Tout le monde reconnaît les difficultés auxquelles le Liban est confronté, notamment en raison de l’impact de la crise en Syrie », estime Mme Kaag. Elle est intervenue en outre dans la perspective du premier Sommet humanitaire mondial qui doit se tenir les 23 et 24 mai à Istanbul. « Nous espérons que le Liban y sera bien représenté », souligne-t-elle.
Mais il s’agissait aussi pour le secrétaire général de s’informer de près des défis auxquels le pays est confronté et de ce que la communauté internationale peut faire pour lui venir en aide. Cette visite « a porté sur le programme d’aide humanitaire et d’aide au développement visant à permettre au Liban de renforcer sa stabilité pour traiter tous les aspects sécuritaires », note-t-elle.

« Quatre messages » de Ban
Sigrid Kaag rappelle que le secrétaire général de l’Onu a été porteur de quatre messages principaux qu’il a réitérés lors du dîner officiel donné par le Premier ministre, Tammam Salam, ainsi qu’au cours des entretiens avec le président Nabih Berry, le Premier ministre et autres ministres, et à l’occasion de sa conférence de presse.
Le premier message « réaffirme le ferme soutien » de la communauté internationale au Liban qui continue de résister à l’impact de la guerre en Syrie en accueillant le plus grand nombre de réfugiés par habitant dans le monde. La communauté internationale reconnaît cette contribution et doit soutenir le Liban dans ses efforts.
Le deuxième message est que le Liban « doit rester un exemple vital de coexistence et de pluralisme » pour la région en proie à une dangereuse dynamique de violence. « Les Libanais ont besoin de leurs dirigeants politiques pour permettre aux institutions gouvernementales de fonctionner efficacement, a déclaré la responsable onusienne. Le Conseil de sécurité de l’Onu a également souligné, à plusieurs reprises, la nécessité pour le Parlement de se réunir et d’élire un président. La présidence est une institution très importante de l’État. Elle permet au Liban de fonctionner efficacement et elle représente le symbole de l’unité et de la stabilité. »
Le troisième message « réaffirme le ferme soutien des Nations unies à l’armée libanaise ». Le quatrième rappelle que « dix ans après la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’Onu, le Sud du Liban a connu la plus grande période de calme relatif ». « Ce calme est à inscrire au crédit de la Finul et de l’armée libanaise, a affirmé Mme Kaag. Mais un risque d’erreur de calcul persiste encore. L’Onu attend du Liban qu’il continue à contribuer au progrès et répondre à ses obligations. »

« Soutien continu » de l’Onu

Pour la coordonnatrice de l’Onu, ces messages indiquent « clairement la poursuite du travail accompli par les Nations unies pour soutenir le Liban, le peuple, le gouvernement libanais et tous les partenaires ». Ils rappellent aussi un « certain nombre de points vulnérables ». La présidence, l’érosion des institutions de l’État et les difficultés de gouvernance auxquelles le Liban fait face ont ainsi été abordées. « Mais le message le plus important est le soutien continu de la communauté internationale, en tenant compte de la sensibilité et de l’anxiété des Libanais concernant la présence des réfugiés syriens et palestiniens. Nous sommes très sensibles à cette anxiété. Cela veut dire que la communauté internationale continue de travailler pour soutenir le Liban », note-t-elle.
Important financement de la BM
« Les discussions ont porté également sur le financement, rappelle Sigrid Kaag. Le président de la Banque mondiale a été très clair lorsqu’il a parlé de financements concessionnels, à disposition, engagés lors de la Conférence de Londres par le Groupe international de soutien au Liban et le Conseil de sécurité », poursuit Mme Kaag.
« Les discussions avec le président Berry ont été constructives, dit-elle. Ce dernier a rappelé, à juste titre, au secrétaire général de l’Onu et aux présidents de la BM et de la Banque islamique de développement qu’il veillera à ce que la législation adéquate soit adoptée pour que le financement concessionnel soit alloué au Liban. »

Impact de la décision de l’Arabie saoudite
Quel impact aura la décision de l’Arabie saoudite de geler son engagement de 4 milliards de dollars à l’armée libanaise ? « Le ministre de la Défense, Samir Mokbel, a rassuré que l’armée a les moyens de gérer la situation dans l’immédiat, souligne Mme Kaag. L’un des objectifs de la visite du secrétaire général de l’Onu était de souligner que le rôle de l’armée libanaise doit rester reconnu. C’est une institution nationale qui remplit ses fonctions de manière très honorable à un moment difficile de l’histoire du Liban, ajoute-t-elle. L’armée a besoin d’être entièrement équipée. Nous continuerons à œuvrer à travers le Groupe international de soutien au Liban pour moderniser les capacités de l’armée afin qu’elle puisse mener à bien sa tâche. »
« Un certain nombre d’autres partenaires-clés bilatéraux, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, et nous-mêmes sommes à la recherche, avec le ministre de la Défense et le commandant en chef de l’armée, d’autres pays potentiels qui pourraient lui venir en aide », a-t-elle assuré.

Réfugiés syriens
Faut-il craindre l’implantation des réfugiés syriens au Liban ? « Il est important de réitérer que le secrétaire général n’a jamais parlé de la question de l’implantation des réfugiés syriens au Liban. Il l’a déclaré clairement lors de sa conférence de presse tenue à Beyrouth, assure Mme Kaag. Il a dit que la communauté internationale soutiendra les réfugiés syriens, hébergés temporairement au Liban, jusqu’au moment où ils sentiront qu’ils peuvent retourner en toute sécurité en Syrie. »
Avec le tarissement des fonds de l’Unrwa, existe-t-il un danger d’implantation des Palestiniens au Liban ? « J’ai informé le Conseil de sécurité des préoccupations en rapport avec le manque de financement de l’Unrwa au Liban, compte tenu de la situation vulnérable dans laquelle se trouvent les réfugiés palestiniens, mais aussi de l’impact sur la sécurité et de la stabilité du Liban, affirme Sigrid Kaag. Nous avons aussi demandé aux membres du Conseil de sécurité d’examiner en toute urgence les moyens d’aider l’Unrwa à faire face à la crise de financement, comme discuté avec le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères. Le droit au retour des réfugiés palestiniens est assuré par les résolutions onusiennes. Il n’y a pas de changement. »
Tout récemment, le nom de la coordonnatrice spéciale de l’Onu pour le Liban a circulé parmi les candidates potentielles favorites pour succéder à Ban Ki-moon. Est-ce une idée qu’elle envisage ? « La question n’est pas à l’ordre du jour. Je ne suis pas candidate. Je me réjouis de continuer à servir les Nations unies dans des postes de direction », conclut Sigrid Kaag.